Depuis plus de quinze ans, Deezer s’impose comme un acteur incontournable dans le paysage du streaming musical en France et à l’international. Pourtant, malgré une base d’abonnés qui dépasse aujourd’hui les 9 millions, et une présence sur de nombreux marchés, la plateforme peine à générer des bénéfices. Cette longévité sans rentabilité interroge, surtout face à des géants comme Spotify, Apple Music ou Amazon Music, qui dominent largement le secteur. En 2025, Deezer reste un paradoxe : apprécié pour la diversité de son catalogue et la qualité de son service, il demeure une entreprise dans le rouge. Quel est le poids de ses choix stratégiques, de ses partenariats B2B, et de sa politique tarifaire ? Comment la plateforme française tente-t-elle de percer face à la concurrence féroce et parfois déloyale des géants mondiaux ? Ce dossier détaille les raisons de cette énigme économique, les enjeux actuels de Deezer, et la voie qu’elle espère tracer pour enfin atteindre la rentabilité dans un marché en pleine évolution.
Les défis financiers persistants de Deezer après 15 ans d’activité
Malgré une présence affirmée sur plusieurs continents et un catalogue riche de plusieurs dizaines de millions de titres, Deezer n’est toujours pas parvenu à générer de profits nets à ce jour. La plateforme a accumulé environ 642 millions d’euros de pertes depuis sa création en 2007, illustrant un modèle économique complexe à stabiliser. Cette situation peut surprendre dans un secteur où certains acteurs comme Spotify affichent une progression soutenue vers la rentabilité, même si ces derniers connaissent aussi des périodes déficitaires importantes.
Un premier facteur est la concurrence intense sur le marché du streaming. Spotify, Apple Music, Amazon Music, YouTube Music, Tidal, SoundCloud, Qobuz, Pandora et Napster se disputent les abonnés avec des stratégies variées. Deezer, malgré ses atouts, ne peut compter que sur une base d’abonnés modeste par rapport aux leaders mondiaux. En France par exemple, Spotify domine largement, ce qui pèse considérablement sur la capacité de Deezer à augmenter ses revenus issus des abonnements.
La compétition tarifaire est un autre obstacle important. Deezer s’est récemment positionné comme le service de streaming le plus cher du marché français, avec un abonnement mensuel passé de 10,99 € à 11,99 € en 2023 pour sa formule Premium individuelle, et la formule Famille ayant augmenté de 17,99 € à 19,99 € par mois. Cette hausse, justifiée par la plateforme comme un engagement renforcé envers la rémunération des artistes et le financement de l’innovation, est cependant risquée dans un secteur où la fidélité des clients est sensible aux prix, surtout face à des offres concurrentes moins chères telles que celles de Spotify et Apple Music à 10,99 €.
Analyse détaillée des pertes et efforts réalisés
Un tableau résume la situation financière de Deezer :
| Année | Résultat Net (en millions €) | Cash Flow (en millions €) | Nombre d’abonnés (en millions) |
|---|---|---|---|
| 2022 | -59 | Négatif | 9,0 |
| 2023 (prévision) | -26 | +6,6 | 9,4 |
| 2025 (objectif) | 0 (équilibre opérationnel) | Positif | 9,5+ |
On remarque une amélioration significative en 2023 avec un cash flow positif, ce qui indique que Deezer se rapproche d’un équilibre financier. L’objectif affiché est clairement d’atteindre la rentabilité opérationnelle en 2025, mais pour cela, la société doit poursuivre ses efforts de maîtrise des coûts et d’élargissement de sa base d’abonnés, tout en affrontant un contexte économique mondial difficile et une concurrence accrue.
- Investissements continus dans la technologie et l’innovation
- Stratégies marketing plus ciblées pour renforcer la présence sur des marchés clés
- Recherche d’un équilibre entre tarifs élevés et maintien des abonnés
- Soutien accru à la rémunération des artistes et créateurs
Dans ce contexte, Deezer doit également composer avec les spécificités du marché français, qui reste son principal terrain d’activité, et déployer des stratégies spécifiques pour capter des segments d’abonnés différents tout en encourageant une fidélisation durable.

Stratégies de partenariat B2B : la force distinctive de Deezer face à Spotify et Apple Music
Un des piliers de la stratégie de Deezer repose sur ses collaborations étroites avec divers partenaires, notamment dans le secteur des télécommunications et des médias. Cette approche B2B, présentée comme un avantage compétitif, vise à compenser son statut relativement modeste vis-à-vis des géants du streaming, en s’appuyant sur des acteurs ayant une forte présence locale et une large base de clients.
Depuis 2013, Deezer a noué des alliances solides avec des acteurs tels qu’Orange, la Fnac, Cdiscount, ainsi que des groupes médias comme RTL en Allemagne et Globo au Brésil. Ces partenariats offrent plusieurs avantages :
- Accès facilité à de nouveaux marchés grâce à la notoriété et à la base d’abonnés de ses partenaires.
- Distribution technologique intégrée avec des API et SDK qui permettent une intégration fluide du service Deezer dans les offres partenaires.
- Marketing commun et impact renforcé, tirant parti des capacités promotionnelles et des marques partenaires.
Cet ancrage dans des écosystèmes multiples donne à Deezer une flexibilité que ses concurrents, souvent intégrés dans de vastes écosystèmes propriétaires (Apple Music avec l’App Store, Amazon Music via Amazon, Spotify comme plateforme indépendante), ne peuvent pas toujours exploiter au même degré. L’approche B2B permet aussi de diversifier les sources de revenus.
Quels effets concrets cette stratégie engendre-t-elle ?
Les résultats ne sont pas homogènes à l’international mais certains succès sont notables :
- En France, le partenariat consolidé avec Orange facilite le recrutement d’abonnés et la promotion du service.
- Au Brésil, le groupe Globo utilise Deezer non seulement pour le streaming musical mais aussi pour augmenter l’engagement sur ses plateformes de streaming vidéo.
- En Allemagne, la collaboration avec RTL introduit Deezer à un public plus large via des offres groupées.
Cette stratégie de partenariat apporte aussi une certaine résilience économique, en réduisant la dépendance à la publicité et aux abonnements directs B2C, notamment dans un contexte où la concurrence tarifaire est rude dans certains pays.
| Partenaire | Pays | Type | Impact clé |
|---|---|---|---|
| Orange | France | Télécom | Renforcement des abonnés locaux et visibilité |
| Globo | Brésil | Média | Croissance engagement streaming vidéo |
| RTL | Allemagne | Média | Extension du marché aux abonnés B2B |
Au-delà des chiffres, cette voie singularise Deezer en visant une relation à long terme avec des entreprises qui apportent un soutien tangible, surtout face à une concurrence qui investit massivement en publicité et subventionne souvent ses abonnements.
La valorisation des artistes et la politique tarifaire : un équilibre difficile à trouver
Depuis sa création, Deezer s’est positionné comme une plateforme désireuse de mieux rémunérer les créateurs de musique. Pour cela, elle renforce sa politique tarifaire, justifiant la récente augmentation de ses abonnements comme un levier pour augmenter la part reversée aux ayants droit. Cette démarche s’inscrit dans une tendance où la rémunération des artistes est scrutée de près, face à l’essor des usages du streaming qui représentent désormais la part principale des revenus dans l’industrie musicale.
Les chiffres témoignent d’une moyenne intéressante pour les artistes : selon des sources récentes, un million d’écoutes sur Deezer rapporterait en moyenne environ 6 499 euros à un artiste. Ce chiffre est à comparer avec d’autres plateformes, où les revenus par stream peuvent varier grandement. Cependant, il ne doit pas occulter le fait que cette rentabilité se dilue souvent parmi un grand nombre d’artistes et que les modalités de répartition restent complexes. Deezer se distingue donc par son engagement de mieux valoriser la musique, même si cela implique un prix plus élevé pour les abonnés.
Réactions des abonnés et positionnement sur le marché
La hausse tarifaire n’a pas manqué de susciter des réactions mitigées, voire négatives, chez une partie des abonnés. Passer de 10,99 € à 11,99 € pour l’offre Premium et de 17,99 € à 19,99 € pour l’offre Famille place Deezer comme le service le plus onéreux outre les alternatives populaires comme Spotify et Apple Music, facturées à 10,99 €.
- Les abonnés existants doivent désormais s’acquitter du nouveau tarif dès la prochaine facturation, ce qui peut provoquer un taux de désabonnement.
- Les nouveaux clients pourraient être refroidis par un prix plus élevé dans un marché très concurrentiel, notamment face aux offres plus abordables comme YouTube Music, Tidal, ou Qobuz qui jouent sur des segments spécifiques.
- Pour compenser, Deezer propose une promotion de trois mois gratuits, ainsi que des remises 25 % pour un abonnement annuel et 50 % pour les étudiants.
Un équilibre subtil doit donc être trouvé entre la nécessité de valoriser les artistes, assurer la viabilité économique de la plateforme, et conserver une attractivité commerciale. Cette délicate gestion conditionne le futur proche de Deezer dans un secteur où la guerre des prix est féroce.
| Service | Tarif Premium Mensuel (€) | Tarif Famille Mensuel (€) | Engagement pour artistes |
|---|---|---|---|
| Deezer | 11,99 | 19,99 | Valorisation accrue, 70% reversés |
| Spotify | 10,99 | 16,99 | Rémunération standard du marché |
| Apple Music | 10,99 | 16,99 | Fort investissement promotionnel |
| YouTube Music | 9,99 | 14,99 | Modèle freemium fort |

Les perspectives économiques et le pari de la rentabilité d’ici 2025
Face à l’ampleur de la tâche, Deezer affiche une ambition claire : atteindre l’équilibre opérationnel d’ici 2025. Le pari est ambitieux, notamment dans un contexte macroéconomique mondial compliqué, avec une inflation persistante, une baisse des marges dans les secteurs technologiques et un accroissement des coûts marketing dans la guerre pour les parts de marché.
Pour y parvenir, Deezer mise sur plusieurs leviers :
- Rationalisation des investissements : recentrage sur les marchés clés, notamment la France, pour consolider sa base d’utilisateurs payants.
- Développement des innovations produits : meilleure expérience utilisateur via des fonctionnalités comme le streaming haute fidélité, les blind tests, le live streaming, et des offres élargies autour du merchandising et du ticketing.
- Extension des partenariats B2B : renforcer ses relations pour élargir géographiquement son audience grâce aux marques fortes des partenaires.
- Optimisation des coûts marketing et opérationnels : s’adapter à un marché plus mature et volatile, où l’efficacité des dépenses publicitaires est cruciale.
Selon les dirigeants, la levée de fonds de 143 millions d’euros obtenue lors de son entrée en Bourse en 2022 a donné à Deezer les moyens financiers de suivre cette feuille de route. Même si la valorisation boursière a été affectée par la volatilité des marchés tech, la confiance d’investisseurs reste un signal positif.
| Levier | Objectif | Risques associés |
|---|---|---|
| Rationalisation géographique | Concentration sur marchés rentables | Perte d’abonnés dans les marchés secondaires |
| Innovation produit | Diversification des offres et expérience client | Investissements lourds et incertitude du retour sur investissement |
| Partenariats B2B | Accès à de nouvelles audiences | Dépendance aux partenaires et complexité des accords |
| Contrôle des coûts | Amélioration de la profitabilité | Réduction de l’attractivité marketing |
Ces leviers témoignent d’une volonté d’adaptation stratégique, mais aussi des fragilités d’une entreprise encore jeune par rapport à son environnement concurrentiel.
Impacts des taxes sur le streaming et les perspectives réglementaires en France
Le débat autour d’une éventuelle taxation spécifique des plateformes de streaming musical agite le secteur depuis plusieurs années. En France, une proposition de taxe ciblant les revenus des acteurs comme Deezer a suscité de vives réactions. L’entreprise s’inscrit en faux contre cette idée, estimant qu’une telle mesure serait contre-productive.
Deezer rappelle qu’elle reverse déjà près de 70 % des revenus des abonnements aux artistes et à l’industrie musicale. Taxer encore davantage les plateformes de streaming reviendrait donc à introduire un levier fiscal supplémentaire, susceptible d’alourdir le coût pour le consommateur ou de limiter la capacité d’investissement dans l’innovation et la croissance.
Dans un contexte où la rémunération des ayants droit est un enjeu majeur, Deezer plaide pour un soutien à la croissance du streaming plutôt que pour son fardeau fiscal. Avec une industrie musicale mondialisée et hautement numérisée, les plateformes françaises sont déjà en concurrence avec des acteurs internationaux. Une taxe locale risque de les fragiliser injustement et de ralentir leur développement.
- Les conséquences d’une taxe pourraient se traduire par une augmentation des tarifs pour les abonnés, impactant la croissance.
- L’investissement en R&D en sortirait affaibli, limitant les possibilités pour de nouvelles fonctionnalités favorisant artistes et fans.
- Le risque d’une perte de compétitivité face aux géants mondiaux serait renforcé.
Ce positionnement illustre bien les défis d’un secteur en pleine transformation, qui doit articuler développement économique, équité pour les créateurs, et accessibilité pour le public.
| Argument contre la taxe | Explication | Conséquence |
|---|---|---|
| Déjà forte contribution financière | 70 % des revenus sont reversés aux artistes et industrie | Limite la marge de manœuvre financière |
| Frein à l’innovation | Moins d’investissements possibles en R&D | Réduction de la qualité des services proposés |
| Compétitivité compromise | Risque de perte d’abonnés face aux services mondiaux non taxés | Déclin sur le marché national et international |
FAQ sur Deezer, ses défis et son avenir économique
- Pourquoi Deezer ne parvient-il pas à être rentable après 15 ans ?
La plateforme rencontre une concurrence intense, un modèle économique avec de fortes charges, et un marché parfois saturé. Sa stratégie progressive de rentabilisation est en cours, avec un objectif fixé à 2025.
- Quels sont les avantages des partenariats B2B pour Deezer ?
Ces partenariats permettent d’accéder à de nouvelles bases d’abonnés via la puissance de marques établies, réduisant les coûts d’acquisition et augmentant la visibilité sur plusieurs marchés internationaux.
- Comment Deezer justifie-t-il l’augmentation de ses tarifs ?
La hausse vise à augmenter les revenus reversés aux artistes et financer l’innovation. Elle s’accompagne de promotions visant à encourager de nouveaux abonnements malgré la hausse des prix.
- La taxe sur le streaming va-t-elle affecter Deezer ?
La plateforme estime qu’une taxe supplémentaire serait un frein à son développement, pouvant entraîner une hausse des prix et une baisse de compétitivité face aux géants internationaux non soumis à cette taxe.
- Quels sont les objectifs financiers de Deezer pour les prochaines années ?
Atteindre l’équilibre opérationnel en 2025, augmenter sa base d’abonnés, renforcer ses partenariats stratégiques et continuer à innover dans ses produits et services pour se démarquer des concurrents.